Cette semaine, conformément au calendrier fixé par le Parti et adopté par le Bureau fédéral, les militants socialistes désigneront leur chef de file dans les principales villes du Puy-de-Dôme. Puis, dans un mois, ils choisiront leurs candidats dans les 31 cantons renouvelables en mars 2008. Pour les militants socialistes que nous sommes, ce choix n’est pas anodin. D’autant qu’il intervient au moment où notre formation politique engage un travail de refondation idéologique et de rénovation des pratiques, pour vivre enfin avec son temps.
A nos yeux, ces deux débats sont liés. En effet, l’exigence de rénovation ne peut se décréter rue de Solférino, dans une institution paralysée par les luttes de pouvoir et les querelles de personnes… Les extraits du dernier « livre » de Lionel Jospin sont malheureusement révélateurs de cette déliquescence avancée.
Non, à coups sûrs, la rénovation ne viendra pas de ce côté-ci. Elle doit trouver ses racines dans la réalité locale, dans la vie réelle avant de nous mobiliser dans des textes de congrès aussi vite adoptés qu’oubliés. Notre devoir est de faire enfin correspondre notre pratique locale et notre socle théorique. Les allers-retours entre les deux doivent être permanents. C’est sur ce terrain de la cohérence entre les actes et les paroles que nous sommes attendus… C’est sur ce terrain que, régulièrement, nous avons failli, tous. La vraie rénovation passe par l’abandon de la schizophrénie socialiste qui nous discrédite à l’extérieur et qui, en interne, nous oblige à des exercices nombrilistes finalement peu intéressants. Elle passe avant tout par la clarification de notre projet et l’affirmation de nos priorités.
Comment, à l’échelle d’une ville ou d’un département, allons-nous promouvoir d’autres habitudes de consommation, de production et de déplacement pour répondre à l’urgence écologique et sociale ? Quelle conception de la démocratie participative allons-nous mettre en œuvre pour combler le fossé qui sépare les élus des citoyens et pour rejeter la gadgétisation de l’engagement politique ? Quels sont les rapports que doivent entretenir des élus socialistes avec les entreprises ? Les collectivités locales ont-elles des marges de manœuvre pour défendre et améliorer le pouvoir d’achat ? Comment renforcer la dimension politique des agglomérations ? Comment faire face à la croissance de nos agglomérations qui deviennent des mégalopoles et comment penser, dans ce cadre nouveau et déshumanisant, nos politiques écologiques, économiques, sociales et culturelles ? Quelle place entendons-nous réserver à l’automobile dans notre espace de vie ? Peut-on agir localement pour faire reculer la montée de l’individualisme ? Comment peut se traduire dans les faits notre exigence de laïcité ? Comment notre politique de construction peut-elle répondre à la fracture sociale et à l’isolement de certains quartiers ? Quelle est notre conception de l'aménagement du territoire et quels choix stratégiques allons-nous privilégier ? Quels sont les outils dont disposent les élus locaux pour lutter contre la précarisation de l’emploi ? Comment donnons-nous corps au droit au logement décent ? Comment, par la culture et par la vie associative, peut-on redonner un sens à la vie collective ? Les concepts de commerce équitable et d’économie solidaire peuvent-ils démontrer leur pertinence à l’échelle locale ? Peut-on promouvoir des services publics de proximité, en phase avec les attentes réelles de la société et les contraintes des citoyens ?
Si nous savons placer ces questions au cœur de notre réflexion et de notre projet, nous ferons sans doute œuvre utile. Nous montrerons alors que nous sommes tournés vers les autres et plus sur nous-mêmes, que nous sommes au travail, sur le chantier, nous attelant à la transformation de la société en nous transformant nous-mêmes. C’est sur terrain-là que nous attendons les acteurs de la rénovation. C’est sur ce terrain-là que nous souhaitons les entendre dans les heures, les jours et les mois qui viennent. En tout état de cause, ce n’est pas en reproduisant, en plus médiocre, les querelles stériles qui paralysent le sommet de notre pyramide que nous parviendrons à nous élever collectivement.